Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

Editorial

La fonction de sécurité ou de sûreté - le débat n’étant toujours pas tranché -, au sein des entreprises est loin d’être aussi récente qu’il y parait. Au sein de plusieurs entreprises, cette fonction de sécurité en interne se développa en effet dès le 19esiècle comme le relatent brillamment Jean-Marc Berlière et René Levy, dans Histoire des polices en France . En 1855, les Magasins du Louvre employaient 60 inspecteurs chargés de la surveillance et ce modèle fut copié par tous les grands magasins. A la fin du siècle, les grands hôtels, les banques et la Compagnie de chemins de fer du réseau de l’Etat disposaient également de services de sécurité. Par conséquent, un siècle plus tôt, cette fonction existait déjà dans un certain nombre d’entreprises. Faut-il en conclure que rien n’a changé depuis ? Naturellement, non. Beaucoup de choses ont changé.

En premier lieu le nom de la fonction. Les services en charge de la sécurité ont de moins en moins le titre de sécurité au profit du qualificatif de sûreté. Ironie de l’Histoire, ce qualificatif n’est pas sans rappeler la sûreté générale mise en place cent cinquante ans plus tôt par l’Etat afin de garantir la sécurité du chef de l’Etat et d’assurer une surveillance face aux complots, aux attentats et troubles civils. Ainsi en quelques années, de nombreux multinationales installées en France ont créé des directions sûreté ou même en ont modifié leur titre, à l’instar du groupe Total dont la direction de la sécurité générale s’est transformée il y a deux ans en direction de la sûreté à l’initiative de son directeur de l’époque Jérôme Ferrier.
Deuxièmement, la sécurité ou la sûreté est devenu moins un problème d’agents de sécurité qui surveillent les installations et les personnes, qu’un métier d’experts ayant à gérer des menaces multiformes et nécessitant par conséquent des compétences hétéroclites. Pensons à la nécessité de disposer au sein de ces directions de spécialistes de la sécurité des systèmes d’information afin de protéger l’entreprise face aux cyberattaques, ou bien encore d’analystes pays aguerris aux problématiques géopolitiques afin d’anticiper les prochaines crises internationales. L’économie et la société étant, pour reprendre les termes de Manuel Castels, de plus en plus insérés dans un paradigme réticulaire , de nouvelles menaces, encore inconnues jusqu’alors, nécessitent l’emploi d’une expertise plurielle pour protéger les actifs de l’entreprise.

Troisièmement, la sûreté d’aujourd’hui n’est pas la sécurité d’hier. Elle ne peut s’exercer que dans un cadre efficace et éthique. Si au 19e siècle ces questions n’avaient que peu d’importance, au début du 21e siècle, la donne a changé. Comme le resume Martin Gill : “ the more corporate security can measure its activities the more it can illustrate its value to the corporation. But more than that, it can use the data it collects to better manage its day-to-day activities and to confirm that its security programs are efficient and meeting the corporation’s needs ”. Outre la question de l’efficacité économique, la question éthique devient primordiale. S’il paraissait normal au 19e siècle de surveiller les employés et la clientèle, de faire des enquêtes sur eux, cela n’est naturellement plus le cas. Il convient d’ajouter que de telles pratiques peuvent mettre en danger l’entreprise. Nul besoin de citer les entreprises qui ont recouru à des pratiques illégales, mais de rappeler que les atteintes à la réputation causées par ce type de pratiques sont importantes : dénigrement, perte de valeur de l’entreprise, licenciement des cadres dirigeants, perte de cohésion interne, boycott… La sécurité doit donc être quasiment consubstantielle à l’éthique. A tel point que dans certains cas, dans certaines entreprises, le directeur de la sûreté est également en charge de la déontologie de l’entreprise.

Par conséquent, voici une fonction en forte mutation depuis une décennie. C’est pour cette raison que Sécurité & Stratégie s’est proposé, sur la base d’enquêtes et retours d’expérience, de mieux comprendre les nouveaux contours de cette fonction encore méconnue à la fois des dirigeants d’entreprise et de l’opinion publique dans son ensemble.

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